Les Hauts de Hurlevent en romance : un contresens ?
Bon j’ai vu que tout le monde était très fâché contre le film Hurlevent et personne ne l’a demandé, mais voici mon avis impopulaire : c’est franchement pas si pire.
Certes, on est dans Wuthering Whites, et je suis fort perplexe sur le choix de faire de l’unique personnage racisé du film une Asiatique fourbe (même si j’ai trouvé le développement d’Helène et son rôle dans l’intrigue plutôt intéressants.)
Je précise que je ne connais pas du tout le travail de la réalisatrice et que je ne sais pas grand-chose des conditions de production du film. En fait, je ne vais même pas vraiment donner mon avis sur le film, juste ma réaction aux réactions autour de ce dernier.
De ce que j’ai compris, la plus grosse critique que font les gens (source : les reels qui ont popé aléatoirement dans mon feed, j’ai pas vraiment cherché plus loin), c’est d’avoir transformé un roman dark et politique en romance inoffensive et aseptisée. Et que Emily Brontë se retourne probablement dans sa tombe devant ce médiocre spectacle. Alors déjà, on la connait pas, Emily, si ça se trouve, elle serait refaite que son roman dont personne voulait soit adapté par Hollywood avec fucking Margot Robbie et Jacob Elordi, hein. Moi, je serais refaite à sa place.
Les Hauts de Hurlevent en romance : un contresens ?
Le film ferait l’erreur de « romantiser » la relation entre Cathy et Heathcliff et particulièrement le personnage d’Heathcliff, par rapport au roman. Le roman ne serait donc PAS une romance, et toutes les relations y seraient dépeintes sans aucune ambiguïté en ce sens.
Ça me paraît un peu de mauvaise foi. Le roman emprunte au mouvement romantique, au gothique, au conte même, autant de codes qui n’ont absolument pas vocation à représenter la réalité pour elle-même. On n’est pas chez Zola. La seule réalité qui compte, et qui prend le dessus sur tout le reste, c’est celles des sentiments entre les personnages. Tout le reste est au service de ça. Les péripéties sont causées par des sentiments, les éléments déclencheurs sont des sentiments, les résolutions débouchent sur des sentiments… Earnshaw aime Heathcliff, donc Hindley hait Heathcliff, donc Heathcliff hait Hindley, Heathcliff aime Cathy, Cathy aime Heathcliff, mais aussi Linton, donc Heathcliff hait Linton, Linton aime Cathy…
Les relations entre les personnages sont donc au centre de l’histoire. Exactement comme dans : la romance. En effet, selon Wikipedia : les romances se concentrent sur les relations et l’histoire sentimentale entre deux personnes. (Fun fact : Wikipédia précise aussi que normalement il faut une fin heureuse. Or, il y a bien une fin [relativement] heureuse aux Hauts de Hurlevent… mais dans le livre, pas dans le film.)
Bref, tout ça pour dire que faire des Hauts de Hurlevent une romance n’est pas l’immense scandale que l’on croit, et que ça ressemble un peu à une façon pratique de rappeler que la romance (écrite et consommée majoritairement par les meufs), c’est quand même bien de la merde.
Je ne dis pas que les Hauts de Hurlevent n’est « qu’une romance », on peut certainement en proposer d’autres interprétations (le film d’horreur est le premier truc qui me vient), mais c’est un peu capillotracté d’aller chercher complètement autre chose.
Enfin, opposer le film au roman, c’est bien pratique pour éviter de réfléchir au film. Le roman, il a mis 100 ans à se faire une place dans le canon littéraire et à acquérir ce statut d’œuvre intouchable. Il y a des tas d’auteurs aujourd’hui pour nous dire de quoi il parle et ce qu’il est et à quel point les gens qui l’ont dénigré à sa parution avaient tort. Tout ou presque a été dit : études de genre, études de réception, études postcoloniales, études féministes… Il suffit de choisir son petit sujet favori et de crier qu’il n’est pas dans le film, sans réaliser que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts avant que ce sujet ait lui-même été détecté et analysé dans le roman. En gros, dites que le film est nul, ne dites pas qu’il est nul « par rapport au roman ».
J’ai lu les Hauts de Hurlevent quand j’avais 15 ans. Pour moi c’est un roman d’adolescence. Je n’ai plus jamais pris le même plaisir à le lire depuis que je suis adulte. Il y a une vraie démesure, un côté grotesque dans le livre, qui ne m’a touchée qu’à cette période de ma vie. C’est pour ça que ce côté flamboyant du film, je ne trouve pas que ce soit un contresens. C’est même cohérent pour moi d’avoir voulu viser les ados plutôt que les lecteurs de Télérama. Je veux que les Hauts de Hurlevent appartiennent aux meufs de Wattpad. Elles sauront quoi en faire. Et j’ose dire que je pense que c’est ce qu’aurait voulu Emily…

J’aime bien ton avis impopulaire (voilà mon commentaire développé).